Commentaires récents

    Catégories

    De l’art du trip et de son expérience : Jeremy Shaw et la DMT

    Jeremy Shaw, DMT, 2004 Jeremy Shaw, DMT, 2004; 8 vidéos avec son, entre 6 et 20 minutes chacune; dimensions variables; Johann Köning Gallery, Berlin.

    L’œuvre DMT de Jeremy Shaw est une installation composée de 8 vidéos tournant en boucle indépendamment, montrant l’artiste et 7 autres jeunes femmes et jeunes hommes sous l’influence d’une drogue, la DMT. Habillés en blanc, sur fond blanc, fortement éclairés par une lumière blanche, les protagonistes, ou cobayes, sont filmés en plan rapproché, de manière quasi-clinique avec la caméra au-dessus d’eux. Chaque vidéo est sous-titrée avec le récit de l’expérience de l’individu apparaissant à l’écran, récit fait juste après son retour à la réalité.

    La DMT, ou diméthyltryptamine, est la version synthétique d’une puissante substance psychotrope présente dans différentes plantes utilisées dans les rituels chamaniques d’Amérique du Sud. Cette substance est aussi naturellement présente dans la glande pinéale et s’active au moment de la mort. La DMT entraîne ainsi une altération de la vision, des effets hallucinogènes et une sensation de mort imminente.

    Jeremy Shaw, DMT, 2004
    Jeremy Shaw, DMT, 2004; 8 vidéos avec son, entre 6 et 20 minutes chacune; dimensions variables; Johann Köning Gallery, Berlin.

    En présentant les protagonistes comme des objets d’étude scientifique et pourtant soumis à l’expérience d’une substance liée aux rituels chamaniques, Jeremy Shaw mène une réflexion sur le statut de l’artiste :

    Dans ce travail sur la DMT, je joue avec l’idée que l’artiste est à la fois un chamane et un scientifique.”-Jeremy Shaw

    Jeremy Shaw illustre d’une part la volonté de l’homme vieille de plusieurs millénaires d’échapper à la réalité, au contrôle de soi et d’accéder à des stades supérieurs de conscience.  Et il étudie et souligne d’autre part les limites du langage et l’impossibilité d’exprimer l’expérience psychédélique. En effet, les individus filmés sont incapables de trouver les mots pour exprimer leur vécu, et se trouvent à dire des banalités ou à employer des figures empruntées aux médias. En choisissant de ne pas tenter de représenter visuellement les visions qu’ont pu avoir les protagonistes, Jeremy Shaw nous confronte alors à la difficulté de communiquer et aux limites de notre imagination.

    Jeremy Shaw, DMT, 2004
    Jeremy Shaw, DMT, 2004; 8 vidéos avec son, entre 6 et 20 minutes chacune; dimensions variables; Johann Köning Gallery, Berlin.

    Cette œuvre s’inscrit dans une démarche de réflexion autour de la culture des médias de masse et du rapport qu’ont les jeunes avec elle. Jeremy Shaw essaye de filmer une expérience réelle pour certains, irréelle pour d’autres, qui dure environ 15 minutes, chaque minute étant capturée par la caméra, pour notre regard voyeur. Tout en renvoyant aux 15 minutes de gloire d’Andy Warhol, Jeremy Shaw établit des parallèles entre l’expérience du trip et celle de la téléréalité ainsi qu’entre la drogue elle-même et l’addiction à la célébrité. De plus, sans le contexte culturel d’origine ou des connaissances spirituelles spécifiques, l’artiste nous montre que les jeunes protagonistes sont désemparés, ne pouvant interpréter une expérience psychédélique qui les dépasse.

    Jeremy Shaw, DMT, 2004
    Jeremy Shaw, DMT, 2004; 8 vidéos avec son, entre 6 et 20 minutes chacune; dimensions variables; Johann Köning Gallery, Berlin.
    Jeremy Shaw, DMT, 2004
    Jeremy Shaw, DMT, 2004; 8 vidéos avec son, entre 6 et 20 minutes chacune; dimensions variables; Johann Köning Gallery, Berlin.

    Jeremy Shaw vit et travaille à Berlin. Il est représenté par König Galerie (Berlin).

    Images courtesy of the artist and the gallery.

    Plus ?
    Site web de l’artiste

    Previous Article
    La Marchandisation de l’Afrique vue par Niyi Olagunju
    NIyi Olagunju, Lega (2016)
    Next Article
    Los Angeles fantasmée au MAC Lyon
    Vue d’exposition, MAC Lyon

    Leave a reply